Avec le soutien de
L'Argus de l'Assurance
Nous suivre

Nous suivre Je protège mon entreprise

Salariés

La délicate prévention du suicide dans l’entreprise

Céline Tridon

Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

La délicate prévention du suicide dans l’entreprise

Les salariés qui songent au suicide se sentent dépourvus face à leur problème.

© Girard Cecile D.R.

Un suicide ne touche pas un seul individu : c’est toute l’entreprise qui se retrouve confrontée à cet événement, très violent psychologiquement. Aussi, il est important d’agir pour apaiser le traumatisme et prévenir tout autre passage à l’acte. 

Il est parfois difficile d’imputer un suicide (ou du moins une tentative) à l’univers professionnel. Mais lors de tout passage à l’acte, le facteur travail ne doit pas être négligé. Un tel événement doit être considéré comme un signal d’alerte. Il peut être le témoin d’une situation générale dans l’entreprise qui se dégrade, de conditions de travail de plus en plus mauvaises. Il trouve aussi son origine dans le harcèlement ou l’épuisement professionnel. C’est pourquoi, la manière dont l’entreprise va réagir face à cet événement, puis comment elle va l’analyser est déterminant pour la suite de son activité.

Souvent, les spécialistes parlent d’un élément déclencheur qui donne du sens à ce geste désespéré. Par exemple, cela peut être une confrontation avec un manager qui devient insupportable et qui précipite la décision. Parce que chaque individu réagit différemment, certains problèmes anodins pour certains, prennent une toute autre dimension chez d’autres. « Chacun a des croyances personnelles et leur accorde plus ou moins d’importance. C’est le cas par exemple du sens de l’honneur, du rapport à l’autorité, etc. Ces principes peuvent être minorés ou majorés en fonction du contexte professionnel notamment », explique Emmanuelle Lepine, psychologue clinicienne et spécialiste du stress post traumatique et de la gestion des situations difficiles.

 

Un processus systématique

 

A cela s’ajoutent des éléments de vie (consommation d’alcool, déprime), des facteurs individuels de risque et l’isolement de la personne… Tout concourt à renforcer un climat de tension. Renfermée sur elle-même, la personne concernée est incapable de trouver une solution à son problème. Elle est dans une impasse. « Ensuite, le problème en question devient envahissant, la personne ne pense plus qu’à ça. Par exemple, elle se répète sans cesse la phrase de son patron qui l’a blessée. C’est ce qu’on appelle la rumination anxieuse. Elle précède le sentiment de soulagement, engendré par l’idée du suicide. La personne ne cherche plus une solution à son problème, mais un apaisement à sa souffrance psychique », poursuit Emmanuelle Lepine. Devenue la seule réponse possible à l’angoisse, le suicide n’est plus un tabou pour le salarié en détresse. Il commence à établir un scénario avant le tragique passage à l’acte.

"Le suicide peut avoir un effet contagieux et inciter d’autres salariés à passer à l’acte."

 

 

Attention à l'impact sur les autres salariés

 

« Ce processus peut s’étendre sur plusieurs années comme sur quelques jours seulement, souligne la  psychologue. Mais durant cette ‘crise’, le sentiment de solitude grandit. ». C’est pourquoi le sujet du suicide ne doit pas être polémique, y compris au sein de l’entreprise. Selon les experts, chaque tentative qui n’est pas prise en charge, conduit dans 70 % des cas à une autre tentative. Il faut donc porter une attention particulière au salarié en détresse. Sans pour autant le considérer comme un prétexte au malaise de l’entreprise, il faut comprendre ce qu’il s’est passé pour mieux pointer les conditions travail qui déraillent. « Le suicide est d’une telle violence psychologique qu’il laisse des traces indélébiles. Il peut avoir un effet contagieux et inciter d’autres salariés à passer à l’acte », met en garde Emmanuelle Lepine. D’où l’importance de renforcer la prévention du suicide dans l’entreprise.

 

Enquêter puis agir sur les RPS

 

Ainsi, l’INRS préconise une prise en charge psychologique des collègues de la victime, le médecin du travail pouvant suggérer à l’entreprise quelques intervenants spécialisés. Les salariés volontaires peuvent aussi participer à des débriefings. Créer des espaces de parole collectifs permettra en effet de renforcer le lien social entre tous les collaborateurs. Face au suicide, il est important de savoir se rassembler.

En parallèle, une analyse approfondie de l’événement doit être réalisée, soit via le CHSCT et le recours à un expert agréé, soit à travers une enquête menée par une délégation paritaire. Cela permettra de mieux comprendre les raisons d’un tel passage à l’acte avant d’entamer, ensuite, une démarche plus globale de prévention des risques psychosociaux (RPS).

Nous vous recommandons

Responsabilité du dirigeant : comment par grand froid protéger vos salariés ?

Responsabilité du dirigeant : comment par grand froid protéger vos salariés ?

Les salariés des entreprises du BTP sont particulièrement exposés aux conditions climatiques, c’est pour cela qu’il existe des règles et des moyens de les protéger. Quels sont-ils ? Les[…]

02/01/2018 | | Salariés
Qualité de vie au travail : un site internet pour prévenir les addictions au travail

Qualité de vie au travail : un site internet pour prévenir les addictions au travail

Qualité de vie au travail : la fréquence des accidents du travail historiquement bas

Qualité de vie au travail : la fréquence des accidents du travail historiquement bas

Réforme du Code du travail : le compte pénibilité reconfiguré dans une ordonnance

Réforme du Code du travail : le compte pénibilité reconfiguré dans une ordonnance

Plus d'articles
Nous suivre
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX