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Risques psychosociaux

Les entreprises face au suicide

Céline Tridon

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Les entreprises face au suicide

Le suicide est un sujet encore peu abordé en entreprise.

© Guittet Pascal

A la fois protecteur et déclencheur, le travail influence souvent les gestes de désespoir. Le suicide en entreprise fait encore trop souvent l’actualité, mais comment en parler ? Comment le prévenir ? Les tabous doivent être brisés.

La France brille… par son triste record de suicides. Chaque année, ce sont entre 10 000 et 11 000 décès qui sont attribués à ces gestes de désespoir (les chiffres exacts ne peuvent être connus, car le passage à l’acte n’est pas toujours reconnu en tant que tel) ; environ 80 000 personnes sont hospitalisées et 160 000 tentatives sont enregistrées chaque année. « En France, il y a un vrai manque de prévention sur le suicide », déplore Jean Michel Delgenes, fondateur et directeur général du cabinet Technologia, spécialiste de la Qualité de Vie au Travail. Vendredi 9 septembre, il prend la parole face à des journalistes, psychologues, responsables du personnel, experts en droit du travail pour aborder cette épineuse question du suicide en entreprise. « La frontière entre le professionnel et le privé restant floue, il est parfois difficile d’imputer un suicide au travail. Les premières causes de suicide relevées sont le chômage ou le surendettement. Mais lors d’un plan social, le risque augmente aussi : il est 7 à 8 fois supérieur. Le travail est donc à la fois protecteur (sa dimension sociale « rassure » l’individu qui ne se sent pas isolé), mais certaines conditions peuvent aussi précipiter un passage à l’acte », poursuit  Jean-Claude Delgenes.

 

Une violence psychologique

 

En effet, qu’il s’agisse  d’harcèlement, d’épuisement professionnel, de dégradation des conditions de travail, l’individu est de plus en plus bousculé, quitte à en perdre ses repères. A cette liste, s’ajoutent les nouvelles technologies qui grignotent sur le temps de vie privée des salariés. « Le travail vient à eux le soir, durant les week-ends, les vacances. On assiste à une prégnance cognitive permanente », commente Jean-Claude Delgenes. Certaines personnes, plus que d’autres, ont du mal avec cette laisse digitale. Elles n’arrivent pas à déconnecter.

Le suicide dans l’entreprise renvoie, in fine, à un questionnement général sur les conditions de travail d’une entreprise.  Il n’est plus considéré comme un acte isolé qui touche un seul individu. « L’acte suicidaire laisse des traces indélébiles. Il est tellement violent psychologiquement, qu’il peut avoir un effet contagieux et inciter d’autres personnes à passer à l’acte », met en garde l’expert. Reste à savoir comment aborder la question du suicide en entreprise, qui doit désormais se pencher sur une prévention globale et sensibiliser tous ses collaborateurs. Et pour cela, il faut commencer par lever le tabou. « Le sujet du suicide est souvent polémique. Or, il faut savoir dépasser ce stade pour trouver un moyen de se rassembler. Si un salarié est passé à l’acte, il faut comprendre ce qu’il s’est passé, avec notamment des espaces collectifs de parole. Il faut recréer du lien social », conseille Emmanuelle Lepine, psychologue clinicienne.

"Il faut aller au-delà de la polémique pour se rassembler, créer du lien social."

 

 

La solitude du chef d’entreprise

 

Le suicide est le domaine des non-dits et la parole apparait comme la plus efficace pour écarter les idées noires. De plus, c’est en parlant du suicide que d’autres tabous peuvent être brisés. Parmi eux, la détresse du dirigeant est un sujet qui est souvent gardé sous silence. Michel Binnié est greffier au tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime). Le désespoir des chefs d’entreprise, il le voit tous les jours. C’est pourquoi, en 2013, il crée l’Apesa (Aide Psychologique des Entrepreneurs en Souffrance Aigüe). « Le chef d’entreprise est celui qui ne bénéficie pas d’une durée légale du travail, ni de médecine, ni de droits sociaux élargis. Il développe un rapport affectif à l’entreprise et y engage souvent une grosse partie de son patrimoine », énumère le greffier. L’Apesa, sorte de cellule d’écoute pour les entrepreneurs dont l’entreprise se retrouve au tribunal, permet aux chefs d’entreprises d’aborder leurs problèmes psychologiques. Une fois l’alerte donnée, un psychologue prend contact avec eux et leur propose cinq séances gratuites. « Les chefs d’entreprise sont des personnes qui peuvent éplucher, pendant des heures, les comptes de leur entreprise en difficulté sans sourciller… Mais à la question ‘et vous, comment allez-vous ?’, elles s’effondrent », assure Michel Binnié. L’accompagnement permet alors de prendre le recul nécessaire sur sa propre souffrance, de l’affronter et de remonter, peu à peu, la pente.

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