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Détecter et prévenir les premiers signaux de vieillissement de la vue et de l'audition au travail

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Dr Alain Cantineau

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La récente réforme de la médecine du travail puis les Lois Rebsamen et El Khomri ont initié des pôles pluridisciplinaires de santé au travail. Elles ont entraîné la révision des concepts d'aptitude et d'inaptitude, la suppression des visites périodiques systématiques tandis qu'elles mettaient le focus sur des suivis et des dépistages ciblés en fonction des conditions de travail, des risques professionnels mais aussi de l'état de santé et de l'âge des travailleurs. Ces modifications sont particulièrement pertinentes dans le domaine des troubles auditifs et visuels liés à l'âge, où les dépistages à l'aveugle sont inopérants. Il est préférable de cibler le dépistage en fonction de l’exposition professionnelle, de l’âge ou d’antécédents particuliers.

Retrouvez ci-dessous un extrait du témoignage du Docteur Alain Cantineau, médecin du travail, publié dans la nouvelle étude de l’Observatoire du Groupe Optic 2ooo sur la question du vieillissement visuel et auditif des actifs de plus de 50 ans.



Dès la cinquantaine, pour la majorité d'entre nous, les premiers signes de vieillissement de la vue et de l’audition se manifestent. Certaines professions favorisent-elles la survenue précoce de ces maladies ?

C'est dans le domaine de l'audition que la question est la mieux documentée. La surdité professionnelle est reconnue depuis 1963. Le bruit en est la principale cause. L'exposition au bruit (supérieur à 85dBA) concernerait 20 % des salariés*.  Avec les TMS et les cancers, les surdités sont parmi les trois premières maladies professionnelles (MP) indemnisées. On compte une moyenne de 1200 surdités professionnelles déclarées par an. Des seuils à ne pas dépasser ont été établis, aussi bien pour la durée des expositions que pour leur intensité maximale (pression acoustique de crête). Les salariés soumis à de tels bruits doivent bénéficier d'un suivi plus régulier de la part de la médecine du travail (audiogrammes réguliers).

Les secteurs où le bruit est excessif sont nombreux. Outre le BTP, certaines industries (métallurgie, imprimerie, papeterie, agroalimentaire…) sont touchées, ainsi que la filière bois, la réparation automobile, la collecte et le recyclage des déchets, les tailleurs de pierre, les paysagistes…



Quelles sont les pratiques de dépistage des troubles auditifs au travail ? Ce dépistage semble moins systématique que pour la vision ?

Réaliser un test auditif est beaucoup plus complexe que réaliser un test visuel. Les audiogrammes sont obligatoires pour certaines professions. Mais il faut explorer non seulement l'audition tonale (la capacité à entendre un son), mais aussi l'audition vocale (comprendre un mot). Par ailleurs, le dépistage doit être réalisé dans de bonnes conditions, par du personnel compétent, capable de repérer certains signes d'alerte : si une personne qui souffrait d'acouphènes indique que ses acouphènes "vont mieux", c’est peut-être en fait le signe de l’aggravation d'un problème auditif. Dans le BTP et certains services interprofessionnels proactifs, on confie ces dépistages à des infirmières spécifiquement formées à cela, et donc d'autant plus performantes.

Par ailleurs, un dépistage systématique à l'aveugle est inopérant. Il faut cibler les personnes exposées à des risques ou très susceptibles de l'être, et suivre de très près l'évolution de leur audition. Le dépistage devrait s’appuyer sur une connaissance réelle du travail, des ateliers, des modalités de gestion des aléas, et bien sûr en étant informé des plaintes (enquête par questionnaire par exemple). Ce dépistage doit bien entendu être complété par des modifications ou à tout le moins des adaptations dans le travail (traitement des parois du local, encoffrement des sources, réalisation de cabine de protection pour le personnel).

 

Le Dr Alain Cantineau est médecin du travail, Professeur honoraire à l'université de Strasbourg, ancien directeur d'enseignement du DESS médecine et santé au travail, ancien vice-président de l'ICOH (commission internationale de santé au travail), membre fondateur de l'association européenne des écoles de médecine du travail (EASOM) et du conseil scientifique de l’AsnaV (Association nationale pour l’amélioration de la vue).

 

Pour lire la suite de l’article, cliquez ici.

 

Pour découvrir l’intégralité de l’étude et l’analyse des 5 experts, cliquez ici.

 

* Direction générale du travail, Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) - Enquête de Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels (Sumer), 2010.

 

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